Ingénieur agronome, entrepreneur agricole et doctorant en production végétale à l’Université de Parakou, OLOUFADE Abdel-Aziz incarne une nouvelle génération d’acteurs engagés dans la transformation durable de la filière coton au Bénin. Partenaire de la SODECO, impliqué dans l’exportation de graines de coton vers le Mali et gestionnaire d’une ferme agroécologique diversifiée, il partage ici son parcours et l’impact déterminant du projet PReFoSyC sur sa trajectoire professionnelle et académique.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de vos activités ?
Je suis OLOUFADE Abdel-Aziz, ingénieur agronome et actuellement doctorant en production végétale à l’Université de Parakou. Je suis également entrepreneur agricole. Je travaille dans plusieurs segments de la filière coton. Je suis en partenariat avec l’usine de la SODECO et nous exportons des graines de coton vers le Mali. En parallèle, je gère une ferme agroécologique où nous faisons de la production végétale, de l’élevage et également de l’apiculture.
Mon activité est donc à la fois scientifique et entrepreneuriale.
Quel regard portez-vous sur le projet PReFoSyC ?
Je dirais que le projet PReFoSyC est un très bon projet. Il est venu mettre en lumière beaucoup de choses, notamment à l’Université de Parakou.Avec l’arrivée du projet, deux masters spécifiques dédiés aux métiers de la filière au coton ont été mis en place. Aujourd’hui, un étudiant qui sort de l’université avec cette spécialisation a davantage d’opportunités professionnelles, notamment auprès des entreprises comme la SODECO et auprès des structures de recherches comme l’Institut de Recherche sur le Coton (IRC).
Le coton est une filière stratégique. Que ce soit la fibre, les graines ou les produits dérivés, tout a une valeur économique importante même si plus ou moins connue. C’est une filière d’avenir, et le projet PReFoSyC contribue clairement à structurer les compétences autour de ce secteur.
Comment le projet a-t-il influencé votre propre parcours ?
C’est par le biais du projet PReFoSyC que j’ai bénéficié d’une première formation en entrepreneuriat agricole ici même à l’Université de Parakou. Nous avons été formés sur les mesures agroécologiques et sur des thématiques transversales comme l’intégration du genre dans les projets agricoles.
Cette formation a été un déclic. Elle m’a permis d’aller plus vite dans mes initiatives. Par la suite, des étudiants de l’ISTOM sont venus effectuer des missions d’études au Bénin et j’ai été solliciter pour les accompagner pendant six semaines sur le terrain. Cette année encore, j’ai commandité une étude à distance avec les étudiants de l’ISTOM en dernière année pour rechercher des solutions adaptées à des problématiques concrètes sur ma ferme.
Cela montre que la collaboration entre recherche, formation et terrain est plurielle.
Votre parcours entrepreneurial a-t-il toujours été lié au coton ?
Non, pas au départ. Ma formation en production végétale était davantage orientée vers le maraîchage. Mais très tôt, j’ai été animé par l’esprit d’entreprise. Même étudiant, je gérais déjà un élevage de plus de 800 volailles. Après mes études, j’ai travaillé pendant huit ans dans des ONG et des projets pour acquérir de l’expérience. Mais je ne me sentais pas totalement épanoui. Depuis environ cinq ans, je me suis pleinement consacré à l’entrepreneuriat. C’est à travers des partenariats avec des opérateurs maliens, venus s’approvisionner en graines de coton au Bénin, que j’ai découvert le potentiel immense de la filière coton. Nous avons commencé par l’exportation de graines. Ensuite, j’ai investi dans le transport pour acheminer le coton de la brousse vers l’usine. Progressivement, j’ai compris toute la chaîne de valeur et son importance stratégique.
Comment en êtes-vous venu à faire une thèse sur le coton ?
À un moment, je me suis dit : je travaille dans la filière coton, j’y investis, j’y gagne ma vie… Pourquoi ne pas approfondir mes connaissances scientifiques dans ce domaine ?
Il faut le souligner : c’est l’arrivée de PReFoSyC qui m’a véritablement réveillé sur mon projet de thèse. J’avais cette idée en suspens, mais le contexte créé par le projet m’a donné l’opportunité et la motivation de me lancer. Aujourd’hui, ma thèse porte sur le système de production à base de coton. Mon objectif est clair : à long terme, je souhaite pouvoir participer aux espaces de décision de la filière, en apportant une expertise à la fois scientifique et pratique.
En quoi le projet Prefosyc vous a accompagné dans votre projet de thèse ?
Même si je n’ai pas été sélectionné pour bénéficier du dispositif d’accompagnement de thèse de Prefosyc, j’ai bénéficié du regard scientifique et de l’appui technique des partenaires. Grâce à cette dynamique, j’ai pu élargir mon réseau académique. Ma thèse est aujourd’hui en co-direction, avec un enseignant-chercheur spécialiste des systèmes d’élevage à l’ISTOM à Angers Mr Moutaz ALHAMADA. Cette ouverture internationale a été rendue possible par les connexions et la visibilité générées autour du projet.
PReFoSyC ne se limite pas à un financement : c’est un écosystème qui crée des passerelles, des opportunités avec une vision à long terme.
Quel message souhaitez-vous adresser aux étudiants et jeunes chercheurs ?
Le coton est une filière stratégique pour le Bénin. Il y a encore énormément de potentiel à explorer, que ce soit en production, en transformation ou en innovation. Les projets comme PReFoSyC ouvrent des portes, mais la continuité dépend aussi de nous. Ce sont les étudiants, les jeunes chercheurs et les entrepreneurs qui assureront la relève.
Nous sommes, en réalité, la continuité de cette dynamique.

OLOUFADE Abdel-Aziz
