Journée mondiale du coton : quelle place pour les femmes dans la filière coton au Bénin ?

Journée mondiale du coton : quelle place pour les femmes dans la filière coton au Bénin ?
07 octobre 2026

À l’occasion de la Journée mondiale du coton, le projet PReFoSyC met en lumière les résultats d’un travail approfondi consacré à l’entrepreneuriat et à l’emploi féminin dans la filière coton au Bénin.

Le 7 octobre, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale du coton. Au Bénin, où la filière cotonnière occupe une place importante dans l’économie nationale, cette journée constitue également une occasion de s’intéresser à celles qui participent à sa production, sa transformation et son développement.

Mais quelle place les femmes occupent-elles réellement dans cette filière ? Quels métiers exercent-elles ? Quelles opportunités leur sont accessibles et quels obstacles limitent encore leur développement ?

C’est à ces questions que s’est intéressée ETONDI MOUDIKI Laeticia Solange, élève ingénieure en agro-développement international à l’ISTOM, dans le cadre de son stage de fin d’études réalisé au sein du projet PReFoSyC.

Son travail s’appuie sur 84 entretiens réalisés dans 11 communes du Bénin, auprès de productrices, fileuses, tisseuses, conseillers agricoles et coopératives.

Une filière où les femmes sont présentes, mais encore peu visibles

Les résultats montrent que les femmes occupent une diversité de positions dans la filière coton, notamment dans la production, la transformation artisanale et les activités liées au tissage. L’étude révèle aussi des trajectoires et parcours différents selon les générations.

Les femmes qui ont accédé à ces métiers de transformation par héritage familial ont en moyenne 55 ans, tandis que celles qui y ont accédé par le biais de la formation ont en moyenne 34 ans.

Cette évolution est particulièrement visible dans le métier du tissage, qui connaît un renouvellement grâce à l’arrivée de femmes formées, alors que la filature artisanale connaît, elle, un recul. La formation apparaît ainsi comme un facteur important dans le renouvellement des compétences et l’accès aux métiers de la filière pour la jeune génération.

Quand l’équipement transforme la productivité

L’étude souligne également l’importance des équipements dans les performances économiques des activités de transformation. Pour la réalisation d’un pagne, le temps de travail peut varier considérablement selon le matériel utilisé : 4 à 11 jours sur un métier manuel contre environ 6 heures avec une machine moderne. Cette différence de productivité se traduit directement sur les revenus. Selon les situations observées, les revenus peuvent présenter un rapport allant de 1 à 30 entre deux tisseuses selon la vétusté et la nature de leur matériel.

L’accès aux équipements constitue donc un enjeu majeur pour permettre aux femmes de développer leurs activités et d'améliorer leur capacité de production.

Un entrepreneuriat encore largement financé sur fonds propres

Malgré leur implication économique, les femmes rencontrées disposent de moyens limités pour développer leurs activités. L’étude révèle notamment qu’aucune des femmes productrices interrogées n’est propriétaire de sa terre et que la majorité finance l’acquisition de son matériel sur fonds propres.

Leurs activités contribuent aux revenus et aux dépenses du ménage, mais ces revenus permettent encore difficilement de franchir un cap en matière d’investissement et de croissance de l’activité. Cette situation illustre l’un des principaux défis de l’entrepreneuriat féminin dans la filière : passer d’une activité qui contribue aux moyens de subsistance à une véritable activité économique capable de se s'étendre et développer.


Des opportunités industrielles encore peu accessibles

Le développement de la transformation locale du coton ouvre pourtant de nouvelles perspectives. Mais ces opportunités restent encore largement méconnues des femmes rencontrées sur le terrain. L’étude révèle que 41 femmes sur 49 interrogées ne connaissent pas la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), alors même que celle-ci constitue un nouvel espace important de la transformation industrielle au Bénin. Ce constat pose la question du lien entre les actrices rurales de la filière et les nouveaux pôles de transformation et de valorisation du coton.

Formation, équipement et financement : des leviers d’action

Face à ces constats, l’étude identifie plusieurs leviers susceptibles de renforcer la participation économique des femmes dans la filière.

  • Le premier concerne le financement d’amorçage, nécessaire pour permettre aux entrepreneures d'investir dans leurs activités.
  • Le deuxième est celui de la formation associée à l’équipement. Sur les 49 femmes concernées par cette partie de l’étude, 45 expriment ce besoin de formation.
  • Enfin, le développement de passerelles entre les femmes rurales et les acteurs de la transformation industrielle apparaît comme une piste pour mieux connecter les compétences, les productions et les opportunités économiques offertes par l’évolution de la filière.

Produire des connaissances pour mieux agir

À travers ce travail, le projet PReFoSyC poursuit l’un de ses objectifs : 

Produire des connaissances utiles aux acteurs de la filière et contribuer à l’évolution des systèmes de production à base de coton.

Après avoir permis d’explorer, au début du stage, les dynamiques liées à l’entrepreneuriat et à l’emploi féminin dans la filière, cette étude apporte aujourd’hui des données de terrain permettant de mieux comprendre les réalités vécues par les femmes. Elle met surtout en évidence une nécessité : ne pas penser l’avenir de la filière coton sans prendre en compte ces actrices de l'artisanat béninois qui la constituent, la transforment et la font perdurer dans le temps.

À l’occasion de la Journée mondiale du coton, le PReFoSyC souhaite ainsi mettre en lumière ces actrices et les enjeux liés à leur inclusion, à leur professionnalisation et au développement de leurs activités.

Célébrer le coton, c’est aussi reconnaître et renforcer la place de celles qui contribuent chaque jour à faire vivre sa filière.